Avec ses idées de cadeau, l’IA n’emballe pas tout le monde
L’intelligence artificielle (IA) est devenue un véritable assistant personnel qui va même jusqu’à aider à choisir certains cadeaux de sous le sapin cette année.
Le déballage des cadeaux de Noël est imminent. Sous le sapin, combien auront été dénichés par l’intelligence artificielle (IA) ? 36 % des personnes interrogées affirment utiliser l’IA pour les préparatifs des fêtes, révèle une étude menée par Havas Market avec Yougov (*) , dévoilée fin octobre en exclusivité par le groupe EBRA , auquel appartient votre journal. Et pour près de la moitié d’entre eux (48 %), elle sert surtout à trouver des idées de présent.
Dans la famille de Karine, 50 ans, il est coutume de se partager des listes d’envies. Si la plupart de ses proches ont toujours des pistes à lui donner, certains manquent parfois d’inspiration, à l’instar de son neveu et de l’un de ses frères. « Je séchais », concède la Lyonnaise. Elle est donc allée demander de l’aide à Gemini, l’IA de Google, en lui indiquant budget, caractère et centre d’intérêt des uns et des autres. Pour son neveu, « musicien en prépa maths qui n’a pas d’envie spécifique », Karine a demandé à l’assistant conversationnel de regarder du côté des tendances sur les réseaux sociaux. Après plusieurs propositions (stylophone, horloge Nixie, vêtements…), la Lyonnaise est convaincue par l’idée d’un sweat de couleur, uni, d’une marque écoresponsable (un des critères) qu’elle ne connaissait pas – « très tendance d’après Gemini », ce que sa fille lui a confirmé. Est-ce que cela pourrait plaire aussi à son frère, 35 ans, « qui aime le poker et les habits de marque » ? Le chatbot est catégorique : non, cela ne correspond pas du tout à son profil. « Je lui ai demandé d’être direct dans ses réponses, et de me contredire si nécessaire, précise Karine. J’ai été bluffée. Il y a plein de choses auxquelles je n’aurais vraiment pas pensé toute seule. »
• « Ce geste dit beaucoup de notre époque »
« À première vue, cela peut sembler anodin, mais ce geste dit beaucoup de notre époque. C’est chercher à alléger sa charge mentale, à personnaliser sans effort et à accélérer les tâches du quotidien », analyse Catherine Lejealle, enseignante-chercheuse à l’école de commerce, ISC Paris. « Cet usage reflète aussi le besoin croissant de personnalisation. Des indications, comme l’âge, les goûts ou le budget, l’IA fabrique une recommandation qui paraît sur mesure », ajoute la docteure en sociologie. Pour certains, c’est une manière de gagner du temps (39 %) ou d’identifier les meilleurs prix (41 %), détaille l’étude. 22 % des sondés seraient même prêts à laisser l’IA gérer directement leurs achats.
De son côté, Anouk, 19 ans, est formelle : ChatGPT ne lui est pas utile quand il s’agit de faire plaisir à ses proches. La Strasbourgeoise avait tenté le coup pour l’anniversaire de sa sœur, en énumérant ses loisirs : « Il m’a donné des réponses qui n’étaient pas originales du tout. Il m’a fait des propositions qui étaient chères. »
• Manque de confiance
Utiliser l’IA pour préparer les fêtes, serait-ce une fausse bonne idée ? « Les algorithmes sont conçus avant tout pour servir des objectifs commerciaux : maximiser le temps passé en ligne, augmenter le panier moyen, encourager les achats impulsifs… L’IA peut orienter nos choix vers une sélection restreinte de produits, parfois au détriment de la diversité, des commerces de proximité ou d’options plus sobres et responsables », explique Malika Kharouf, maîtresse de conférences et responsable d’un Bachelor IA à Paris. Pour beaucoup, utiliser un assistant conversationnel pour faire ses cadeaux n’est pas une option. 70 % des sondés n’en voient pas l’intérêt et 22 % d’entre eux n’ont pas confiance.
(*) L’enquête a été effectuée en ligne, du 24 au 25 septembre 2025, avec 1 014 personnes représentatives de la population nationale française, fêtant Noël, âgées de 18 ans et plus.